 | Alors, le « casus fœderis » venant Polo Abercrombie Femme à jouer, la mort de la petite roturière met en deuil toutes les
familles princières de l'Europe. Mais bien des jeunes gens des nouvelles
générations et qui ne connaissaient pas les situations réelles, outre
qu'ils pouvaient prendre Marie-Antoinette d'Oloron, marquise de
Cambremer, pour une dame de la plus haute naissance, auraient pu
commettre bien d'autres erreurs en lisant cette lettre de faire-part.
Ainsi, pour peu que leurs randonnées à travers la France leur eussent
fait connaître un peu le pays de Combray, en voyant que le comte de
Méséglise faisait part dans les premiers, et tout près du duc de
Guermantes, ils auraient pu n'éprouver aucun étonnement. Le côté de
Méséglise et le côté de Guermantes se touchent, vieille noblesse de la
même région, peut-être alliée depuis des générations, eussent-ils pu se
dire. « Qui sait ? c'est peut-être une branche des Guermantes qui porte
le nom de comtes de Méséglise. » Or le comte de Méséglise n'avait rien à
voir avec les Guermantes et ne faisait même pas part du côté
Guermantes, mais du côté Cambremer, puisque le comte de Méséglise, qui,
par un avancement rapide, n'était resté que deux ans Legrandin de
Méséglise, c'était notre vieil ami Legrandin.
Sans doute, faux titre pour faux titre, il en était peu qui eussent
pu être aussi désagréables aux Guermantes que celui-là. Ils avaient été
alliés autrefois avec les vrais comtes de Méséglise desquels il ne
restait plus qu'une femme, fille de gens obscurs et dégradés, mariée
elle-même à un gros fermier enrichi de ma tante, nommé Ménager, qui lui
avait Abercrombie Homme acheté Mirougrain et se faisait appeler maintenant Ménager de
Mirougrain, de sorte que quand on disait que sa femme était née de
Méséglise on pensait qu'elle devait être plutôt née à Méséglise et
qu'elle était de Méséglise comme son mari de Mirougrain.
Tout autre titre faux eût donné moins d'ennuis aux Guermantes. Mais
l'aristocratie sait les assumer, et bien d'autres encore, du moment
qu'un mariage, jugé utile à quelque point de vue que ce soit, est en
jeu. Couvert par le duc de Guermantes, Legrandin fut pour une partie de
cette génération-là, et sera pour la totalité de celle qui la suivra, le
véritable comte de Méséglise.
Une autre erreur encore que tout jeune lecteur peu au courant eût été
porté à faire eût été de croire que le baron et la baronne de
Forcheville faisaient part en tant que parents et beaux-parents du
marquis de Saint-Loup, c'est-à-dire du côté Guermantes.
Or de ce côté ils n'avaient pas à figurer puisque c'était Robert qui
était parent des Guermantes et non Gilberte. Non, le baron et la baronne
de Forcheville, malgré cette fausse apparence, figuraient du côté de la
mariée, il est vrai, et non du côté Cambremer, à cause non pas des
Guermantes mais de Jupien, dont notre lecteur doit savoir qu'Odette
était la cousine.
Toute la faveur de M. de Charlus s'était portée dès le mariage de sa
fille adoptive sur le jeune marquis de Cambremer ; les goûts de
celui-ci, qui étaient pareils à ceux du baron, du moment qu'ils
n'avaient pas empêché qu'il le choisît pour mari de Mlle d'Oloron, ne
firent naturellement que le lui faire apprécier davantage quand il fut
veuf. Ce n'est pas que le marquis n'eût d'autres qualités qui en
faisaient un charmant compagnon pour M. de Charlus. Mais même quand il
s'agit d'un homme de haute valeur, c'est une qualité que ne dédaigne pas
celui qui l'admet dans son intimité et qui le lui rend particulièrement
commode s'il sait jouer aussi le whist. L'intelligence du jeune marquis
était remarquable et, comme on disait déjà à Féterne où il n'était
encore qu'enfant, il était tout à fait « du côté de sa grand'mère »,
aussi Polo Abercrombie Homme enthousiaste, aussi musicien. Il en reproduisait aussi certaines
particularités, mais celles-là plus par imitation, comme toute la
famille, que par atavisme. C'est ainsi que quelque temps après la mort
de sa femme, ayant reçu une lettre signée Léonor, prénom que je ne me
rappelais pas être le sien, je compris seulement qui m'écrivait quand
j'eus lu la formule finale : « Croyez à ma sympathie vraie », le « vraie
», mis à sa place, ajoutait au prénom Léonor le nom de Cambremer. |  |